Aventures à la carte en Afrique du Sud

La coupe du monde passée, chacun rêve de découvrir en live l’Afrique du Sud. Fugue en trois notes majeures : un long dimanche à Capetown, un safari privé au parc Kruger, un train de luxe pour les Chutes Victoria…

 Un éternel dimanche à Capetown

Un soir d’été austral, au sommet de Table Mountain, Capetown… Assises au bord de la falaise, à 1000 mètres au-dessus de l’océan, Melissa, Debbie et Jess trinquent à leurs retrouvailles. Les deux premières travaillent dans une société locale de production audiovisuelle, la troisième vient de débarquer de Londres. Robes longues, cheveux blonds et rires perlés, elles semblent sorties de la cover d’un magazine de mode. Bienvenue dans la capitale historique d’Afrique du Sud, nouvel El Dorado des publicistes pour son climat ensoleillé, ses paysages variés et son décalage horaire minimal avec l’Europe.

Ville-jardin posée à l’extrême sud de l’Afrique, entre Océan Indien et Atlantique, Capetown a été colonisée dés 1652 par la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales. Ici s’est forgé l’esprit Cape Dutch, un style de vie conçu par et pour les blancs, caractérisé par son architecture : ces fameuses maisons blanches à pignon, qui donnent aux campagnes de la péninsule de faux airs de Hollande… Aujourd’hui plus métissée, plus libre, Capetown colle à l’image d’une Rainbow Nation qui rêve de chasser les mauvais souvenirs de l’apartheid. Il reste du travail sur la planche : sur 50 millions de sud-Africains, 80 % sont Noirs et beaucoup vivent parqués dans les  townships…

Sur le Victoria & Alfred Waterfront, le quartier du port, Mélissa et ses amies aiment flâner entre les anciens docks, où ont fleuri restaurants, bars et boutiques de mode. Une petite bulle d’Amérique aux couleurs sud-africaines. Oubliés, les gouverneurs hollandais et leurs perruques. L’icône des temps modernes est un vieux monsieur noir, Nelson Mandela, 92 ans. Des quais, des bateaux à voile embarquent les touristes pour un pèlerinage à Robben Island, où il fut emprisonné durant 40 ans… De retour au port, on hèle un Rikki, ces drôles de vélos-taxis à 5 € l’heure et on part explorer le City Bowl, comme on surnomme le centre historique. Stops obligés au jardin de la Compagnie et son musée d’art africain, au marché de Green Market Square, où l’on achète des œufs d’autruche peints, au pied des pompeux édifices néo-Renaissance de Long Street et, au quartier malais de Bo-Kaap, semé de maisons multicolores, plus haut sur la colline. L’adresse fétiche de Mélissa? Le Nzolo Brand Café, où le chicken curry se conjugue avec l’art coloré des townships.

« Au coucher du soleil, c’est à Table Mountain qu’il faut être, explique Mélissa. On y grimpe en téléphérique et on admire le panorama sur la ville, en sirotant un Chardonnay sud africain. » Demain, on suivra ses conseils : d’abord, un jogging à Green Point, en travelling sur l’océan. Puis on traquera la protea, la fleur nationale, aux jardins botaniques de Kirstenbosch. On ira manger une glace et chiner des broc’ sur le port de pêche de Hout’s Bay. Et on fera la tournée des plages par la route de la péninsule. Stop obligatoire à Simon’s Town, où a élu domicile une colonie de manchots du Cap. Sanglés dans leur smoking noir et blanc, ces étranges oiseaux semblent eux aussi fêter un éternel dimanche à Capetown.

OU DORMIR/Sur le Waterfront, Victoria & Albert Waterfront Hotel. Chambres délicieuses, avec vue sur le port et les montagnes. A partir de 110 €/nuit/pers., en petit déjeuner. Et pour un supplément d’intimité, The Dock House, l’ancienne capitainerie du port devenue élégante maison d’hôtes www.newmarkhotels.com. On dîne au Den Ankers, chaleureuse brasserie au chic sud africain, sur le port. A NE PAS MANQUER/Le chicken curry « sudaf » au Nzolo Brand Café (48 Church st.), la plage de Camp’s Bay et l’ascension de Table Mountain en téléphérique (17 € AR/pers.).

Sur la piste des big five au parc Kruger

Le Land Rover cahote sur l’étroite piste en latérite, rendue boueuse par l’orage de la nuit. 25° au thermomètre et ciel gris squale. De la savane monte un parfum de terre mouillée avec, de loin en loin, des bouffées de musc et d’aneth sauvage. Les impalas détalent en zig zag affolés, arrière-train blanc barré d’un M comme… Mac Donald : « On surnomme ces antilopes les fast food du bush », commente sobrement notre guide Kurb, au volant du 4X4. Assis sur la plate-forme avant, son co-équipier Pat est aux aguets…

Il y a bien des manières d’aborder le mythique Kruger, dans la province sud-africaine du Mpumalanga. Fondé en 1926, ce parc aussi vaste que la Hollande, couvert de savanes et de forêts, est le royaume des animaux sauvages… Pour pister les fameux big five (lion, léopard, rhino, éléphant et buffle), on peut tout simplement passer le guichet et sillonner les routes carrossées du parc à bord de sa voiture… Mais rien ne vaut un séjour-safari dans une des réserves privées qui jouxtent le Kruger, libres de clôtures. Modèle du genre : Lion Sands Private Game Reserve. Ses avantages : un territoire à taille humaine, un accueil VIP et des rangers expérimentés, qui savent repérer les animaux et raconter les histoires, comme Kurb et Pat… Posé sur les rives de la Sabie River, le lodge du Lion Sands se fond dans le paysage : un hall tapissé de mosaïques-galets imitant la peau du crocodile, un vaste salon blanc orné de pièces d’art africain, des passerelles de bois courant sous les grands arbres fromagers, et une piscine avec vue sur la rivière… On y dort dans de douillets bungalows à toits de chaume, et chaque matin à 5 h, toc toc à la porte pour le premier safari du jour…

Dans le Land Rover ouvert, la tension a augmenté d’un cran. Pat le tracker ne quitte plus la piste des yeux : il nous a montré les hautes herbes foulées, les laisses fraîches, les empreintes de pattes larges comme deux mains. A ce petit jeu du chat et de la souris, il est passé expert. A un détail près : la souris, c’est nous et le chat, c’est l’autre… La preuve, nous voilà soudain nez à nez avec une famille de lions, 3 mâles, 4 femelles et un petit. Le plus gros lape nerveusement l’eau d’une flaque, à dix mètres du véhicule. A peine s’il redresse la tête à notre arrivée : « Pour lui, le Land Rover n’est qu’un objet, chuchote Kurb. Et tant que nous ne bougeons pas, nous faisons corps avec le véhicule. D’ailleurs, c’est une autre proie qui les intéresse… » Mufle frémissant, muscles tendus, une lionne s’est détachée du groupe et s’apprête à bondir. Elle disparaît dans les buissons, suivie par les autres femelles. De la suite, nous n’entendrons qu’un cri rauque : celui du grand koudou, une des plus grandes espèces d’antilopes… Scène de la vie quotidienne dans la savane sud-africaine.

Cinq rhinocéros, deux buffles et un léopard plus loin, on prendra l’english breakfast avec vue sur la rivière, en compagnie des singes farceurs.

OU DORMIR/Dans le Mpumalanga, sur la réserve privée de Lion Sands, The River Lodge. Un lodge chic et intimiste, sur les rives de la Sabie River. Ravissants bungalows-terrasse à toits de chaume. A partir de 394 €/nuit/pers. en pension complète, 2 safaris/jour inclus. www.lionsands.com. On dîne sur la terrasse en bois, steak de bushbuck grillé, sauce au vin et patates douces caramélisées. A NE PAS MANQUER/les lions, les rhinos et le traditionnel Gin Tonic en brousse, au coucher du soleil…

Un train de luxe pour les Chutes Victoria

Se doucher dans un train traversant à 40 km/h l’Afrique australe est un luxe qui se savoure. Le soir tombe. De la fenêtre de la cabine privée, la savane défile. Sur le ciel rosé du couchant, les acacias se découpent en ombres chinoises, les zèbres paradent en pyjama milleraies… Vous êtes à bord du mythique Rovos Rail.

L’aventure a débuté à la petite gare de Pretoria, relookée « années 1930 », avec son pavillon de briques rouges et sa grosse citerne à eau. Un long tapis rouge déroulé sous vos pieds, une coupe de champagne millésimé, le ballet des porteurs en uniforme et képi bleu et or, c’est le prélude VIP à trois jours hors du temps. A bord, à l’entrée de votre cabine, votre nom est déjà inscrit en lettres penchées. Comme dans les vieux trains, la porte coulisse et s’ouvre sur votre chez-vous. Dans cet écrin tapissé de bois d’acajou, pas une faute de goût : le vaste lit est brocardé de fleurs, une lampe-tulipe en verre gravé éclaire le bureau et la salle de bains de poche a un petit air rétro…   On se coule avec délices dans ce décor façon « Mystères de l’ouest ». Et quand le train lance son long coup de sifflet, annonçant le départ, on fait déjà partie de l’histoire.

Sur son parcours de 1600 km, qui l’entraîne de Pretoria jusqu’aux chutes Victoria à travers les immensités sauvages du Botswana, le Rovos Rail respecte un agenda informel, fait de conversations feutrées, de romans effeuillés, de cocktails sur canapé. On ne s’arrête pas en route, ou si peu, et la vie ressemble à une croisière transatlantique d’antan. Krugersdorp, Mafikeng, Gaborone, les panneaux rouillés des gares se succèdent. De la voiture panoramique, les montagnes bleutées du Gauteng ont fait place aux grandes prairies herbues, qui moutonnent telles des vagues. Puis s’enchaînent les nuages de coton dans le ciel, les villages de cases, les termitières rouges, les gros zébus blancs… Seul repère dans le temps, le carillon du xylophone qui annonce l’heure des repas.

Dans le wagon-restaurant tiré à quatre épingles, Mr Joe Mathala, le train manager, accueille les passagers. Son œil exercé court des nappes immaculées aux couverts en argent. Ici, même les lambris doivent grincer avec distinction. Avec des talents d’équilibristes, les serveurs en gilets brodés assurent le rituel du « dinner » : carpaccio d’autruche, médaillon de bœuf aux patates douces & mousse de petits pois, crème brûlée à la rose. Les mets comme les vins sont à discrétion, c’est la règle du jeu à bord du train. Ce soir, on teste un Meerlust Rubicon 2005, du domaine de Stellenbosch… Tous feux allumés, le train trace ses courbes dans la nuit.

Matinée du troisième jour. Le voyage du Rovos Rail s’achève à la frontière du Botswana et du Zimbabwe, au pied de l’historique Victoria Falls Hotel. Un fronton blanc à colonnes, des trophées de chasse, et vous voici revenus au XIXe siècle, au temps où le Dr Livingstone explorait les rives sauvages du fleuve Zambèze. Il fut le premier blanc à admirer les Mosi-oa-Tunya, « la fumée qui gronde », qu’il rebaptisa du nom de la reine d’Angleterre. A votre tour, prenez un parapluie, suivez le petit chemin de terre et entrez dans l’arc-en-ciel magique des chutes Victoria.

OU DORMIR/A bord du Rovos Rail, un palace roulant reliant Pretoria aux chutes Victoria, au Zimbabwe. On dort dans une des 36 luxueuses cabine privées, aux lambris d’acajou… 2 wagons–restaurants 1930, cuisine & vins gastronomiques. 3 jours/2 nuits à partir de 1058 € en pension complète. www.rovos.comA Victoria Falls, Victoria Falls Hotel. Atmosphère néo-coloniale, trophées de chasse, tableaux de maître et terrasse panoramique sur les chutes Victoria. On dîne dans le décor surrané du Livingstone Restaurant. A partir de 178 €/pers./nuit en petit déj.. www.africansunhotels.com A NE PAS MANQUER/ L’heure bleue sur les savanes du Bostwana, le survol des chutes Victoria en hélicoptère (à partir de 146 €/pers.), la croisière au coucher du soleil sur le fleuve Zambèze (55 €/pers.).

CARNET DE VOYAGE

RENSEIGNEMENTS/Office du Tourisme d’Afrique du Sud. Tel : 0810 203 403. www.sud-afrique.com

Y ALLER/Spécialiste du voyage à la carte en Afrique du Sud, Kuoni propose une gamme complète de circuits sur mesure dans tous les hébergements mentionnés ci-dessus, y compris le Rovos Rail. Pour une première découverte, on peut aussi adopter le circuit en individuel « Sensations australes », 11 j./8 n. à partir de 2780 € TTC/pers., incluant le vol Paris/Le Cap retour via Johannesburg, les vols intérieurs et transferts, 3 nuits au Cap, un séjour safari 2 nuits en pension complète dans une réserve privée du Kruger, 1 nuit à Prétoria et 2 nuits aux Chutes Victoria. Excursions avec guide local francophone en option. Rens. et réservations. Tel : 01 53 10 50 30 ou www.kuoni.fr.

Article publié dans Marie France/Avril 2010.

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