La Birmanie, maintenant!

Portée par un nouveau souffle de démocratie, la Birmanie réouvre ses portes. Des bouddhas d’or de Bagan aux jardins flottants du lac Inle, laissez-vous envoûter par le plus attachant pays d’Asie…

Longtemps, la Birmanie est restée un pays inaccessible, où la junte militaire faisait seule la loi. Porté par un nouvel élan démocratique, auquel a largement contribué le prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, ce lointain pays d’Asie du Sud-Est réouvre aujourd’hui ses portes. Après 13 heures de vol au départ de Paris, le voyageur découvre, émerveillé, un monde où le temps s’est arrêté. Déjà, dans le hall de l’aéroport de Yangon, Mlle Mu Mu nous passe autour du cou une guirlande de fleurs de jasmin et nous salue en inclinant la tête, les mains jointes. Elle sera notre guide pour ce voyage au Myanmar, ainsi qu’on nomme désormais la Birmanie…

Depuis 2005, Yangon n’a plus le titre de capitale ; elle a dû le céder à Naypyidaw, une ville nouvelle établie par le pouvoir militaire à la frontière nord. Mais dans le cœur des Birmans, elle demeure l’âme du pays, une cité mythique à l’atmosphère unique et un rien vintage. Ici, pas de forêt de buildings défiant le ciel, comme à Hong Kong ou Singapour. Pas d’embouteillages monstres comme à Bangkok ou Taïwan. Pas de publicités géantes, comme à Pékin ou Shangaï. Au matin, la ville s’éveille au rythme du va-et-vient des ferries sur le fleuve Hiaing. Le long de la rue Pansoden Ian, au pied des bâtisses coloniales léguées par les Britanniques, se mêlent cyclo-pousses et vieux bus Chevrolet, datant de la Seconde guerre mondiale. Dans les rues alentours, des tea-shops de fortune poussent à l’ombre des acacias. Perchée sur une colline, la pagode de Shwedagon, toute d’or vêtue, veille sur la ville. Edifié par étapes, à partir du VIe siècle, ce sanctuaire abrite, selon la légende, huit cheveux de Bouddha. Du lever au coucher du soleil, les fidèles viennent ici par milliers faire le tour du grand stupa dans le sens des aiguilles d’une montre. Ils prient sur la vaste esplanade de marbre. Ils déposent des offrandes, feuilles d’or, noix de coco, bouquets de fleurs, devant les petits autels dédiés aux nat, les esprits de la nature… Un coup de gong résonne à chaque don. Le soir venu, on savoure la douceur de l’air sur les quais du port, où les jeunes disputent une partie de chinlon. Le jeu consiste à jongler du pied et de la tête avec une petite balle en rotin tressé, sans la laisser tomber.

Pour rejoindre Bagan, à 650 km au nord, il faut reprendre l’avion. Fondée en 849 sur les rives du fleuve Irrawaddy par le premier roi du Myanmar, cette cité historique était autrefois entourée d’une muraille de briques. « Durant quatre siècles, elle fut le grand foyer de la doctrine de Bouddha, explique Mlle Mu Mu, à l’abri de son ombrelle. Chaque souverain y marquait son règne de nouvelles constructions, plus colossales, pour s’assurer une renaissance meilleure ». Les raids mongols, les pilleurs de trésors, puis les tremblements de terre eurent finalement raison de cette splendeur. Mais un programme de l’Unesco a permis de restaurer les plus beaux édifices. C’est à vélo ou en calèche à cheval, au fil des chemins de terre, qu’on part aujourd’hui à la découverte de la zone archéologique, qui déroule ses milliers de temples, pagodes et stupas en ruines sur 26 km2. En chemin, on croise des paysans vêtus de longyi, le pagne traditionnel. Pour se protéger du soleil, les femmes ont enduit leur visage de thanakha, une pâte jaune pâle, faite d’écorce broyée. Ici et là, entre des bosquets de tamariniers, émergent des maisons en briques d’argile crue, des petits jardins où poussent maïs, haricots, oignons.

Dominant tous les autres temples de son sikkhara, son dôme d’or, le temple d’Ananda accueille le voyageur dans un clair-obscur savamment dosé par les jours percés dans ses murs. Au bout des travées en croix, à chacun des quatre points cardinaux de la bâtisse, repose un monumental Bouddha, recouvert de feuilles d’or. Un jeune père, serrant son enfant dans les bras, allume une bougie au pied d’un des géants au sourire impassible… Chaque temple offre une nouvelle surprise, là une fresque peinte contant la vie à la cour du roi, ici un médaillon de grès sculpté, à l’effigie d’une danseuse ou une ribambelle de moinillons en tuniques safran. Mais le clou du spectacle, c’est le coucher du soleil au sommet de la pagode Tayokpye : de son toit-terrasse, la vue embrasse toute la plaine et sa forêt de stupas rougeoyantes, jusqu’au fleuve… Entre deux visites, on s’invite aussi au village de Myinkaba, chez un maître-laqueur. Autour d’un four à bois, assis en tailleur sur des claies de bambous, les employés s’activent : il faut sept couches de résine de laquier, pas moins, pour fabriquer un objet qui durera une vie. Et entre chaque couche, on sèche, on ponce. Le maître grave les plus belles pièces, faisant naître sous son stylet habile fleurs, volutes et dragons. De retour dans le jardin de l’hôtel, on savoure le traditionnel buffet birman : curry de poulet, riz et petits plats de légumes exotiques. Bientôt, le spectacle de danse va commencer…

A un rythme paisible, le voyage se poursuit à travers les collines bleutées et les marchés animés du pays Shan. A chaque photo, un sourire, un clin d’œil ; et à chaque nid de poule sur la route, un grognement… Au bout du périple, le lac Inle déploie son miroir argenté entre deux chaînes de montagnes. Pour circuler sur cette vaste étendue d’eau douce (22 km de long sur 6 de large), et passer de village en village, un seul moyen de transport : le bateau. Au fil de l’eau, dans le ronronnement du moteur, un monde aquatique se révèle. Fragiles échafaudages de bambous, les maisons sur pilotis sont reliées par un réseau de canaux tapissés de jacinthes d’eau. Ici, on est pêcheur le matin et paysan l’après-midi. Les habitants du lac ont une technique très particulière de navigation ; ils se tiennent debout à l’avant de leur pirogue, en équilibre sur une jambe, enroulant l’autre jambe autour d’une godille qui propulse l’embarcation. « Ainsi, explique Pothaw, le pêcheur, on repère facilement carpes, poissons-chats et anguilles ; et on a les mains libres pour jeter à l’eau nos casiers. ».

Quant à l’agriculture, elle se pratique exclusivement sur des jardins flottants. Sur ces étroites bandes de terre fertile, posées en équilibre sur des magmas de racines aquatiques, tout pousse : tomates, melons, haricots verts, mais aussi pieds de codia, dont les feuilles servent à rouler les cigares… Etrange sensation que de poser le pied sur ces îles-miniatures : ça tangue ! Tout le jour, notre pirogue navigue d’une rive à l’autre du lac : Ywama et son marché flottant, Inn Paw Khon et son atelier de tissage de soie ou le fameux Nge Hpe Chaung, le monastère des chats sauteurs. Pour passer le temps et distraire les visiteurs, les moines ont appris aux félins à sauter dans des cerceaux ! Au magique Inle Lake View Resort, on pose enfin ses bagages au bord de l’eau, dans une luxueuse villa de bois sur pilotis. A l’aube, la brume déchirera les eaux du lac, découvrant une forêt de pagodons. En Birmanie, on croit parfois rêver éveillé…

EMBARQUEMENT IMMEDIAT

Renseignements et formalités. Ambassade du Myanmar, 60 rue de Courcelles, 75008 Paris. Tel : 01 56 88 15 90. Visa obligatoire à 25 € pour 28 j.. Monnaie : le Kyat (1 € = 1000 Ks).

Vols et circuits : Lointains Espaces, spécialiste du voyage sur mesure en Asie, propose plusieurs circuits au Myanmar, comme un itinéraire de 10 j./9 n. à partir de 2575 € TTC/pers., incluant le vol AR Paris-Rangoon (avec escale), l’hébergement avec petits déj. en hôtels de charme, les transports en minibus privé et vols intérieurs, l’accompagnement d’un guide francophone, l’entrée sur les sites et les frais de visa. Tel : 01 45 65 00 00 et lointains-espaces.com.

Bonnes étapes.

A Yangon, Park Royal Hotel, un luxueux hôtel de chaîne, au cœur de la capitale. A partir de 228 USD (173 €)/chbre dble/nuit, petit déj. buffet inclus. parkroyalhotels.com.

A Bagan, Thante Bagan Hotel. Des bungalows au mobilier colonial, au cœur d’un jardin avec piscine, sur les rives du fleuve Irrawaddy. A partir de 105 USD (80 €)/chbre dble/nuit, petit déj. buffet inclus. hotelbaganthande.com

A Kalaw, Hilltop Villa Hotel, de chaleureux petits chalets de bois, blottis au pied des collines du pays Shan. A partir de 40 USD $ (30,5 €)/chbre dble. Tel : (081) 503 46.

Sur le lac Inle, le magique Inle Lake View Resort, un ensemble de luxueuses suites-villas en bois dentelé, au bord de l’eau. Parquets en tek, mobilier colonial, coton tissé… A partir de 76 USD $ (58 €)/chbre dble, petit déj. inclus. inleresort.com.

La plupart des restaurants proposent des curries de poulet ou d’agneau, accompagnés de riz et d’une multitude de salades de légumes, comme le mag ywe toke, aux jeunes pousses de tamarin. A déguster sur un thé vert ou une Myanmar, la bière locale. 5 à 10 USD (4 à 8 €) /repas (hors boissons).

Guides. Guide du Routard Birmanie (Hachette, 15 €) et Birmanie, Au pays des pagodes d’or (Olizane, 23 €)

Article publié dans Version Femina/Octobre 2012.

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