Petite histoire des jeux et loisirs équestres

Depuis la domestication de l’espèce equus caballus, attestée en 4500 av. JC, les hommes ont inventé de multiples façons de chasser, de jouer, de se divertir avec leurs chevaux. Revue des récréations cavalières, d’hier à aujourd’hui. 

LA CHASSE A COURRE/ S’exerçant « à cor et à cris » (au son de la trompe et de la voix), la vènerie, ou chasse à courre, consiste à poursuivre un animal sauvage à cheval, avec une meute de chiens, jusqu’à sa prise éventuelle. Les équipages sont composés de cavaliers, piqueux, valets de limiers et suiveurs.

D’hier…. Au Moyen âge, en Syrie et en Irak, les seigneurs chassent à cheval des espèces comme la gazelle ou le lièvre. Selon le traité de chasse d’Ibn Mangli, au XIVe siècle, ils utilisent des guépards ou des lynx dressés à monter en croupe pour pister le gibier. En Occident, la vènerie se développe avec des meutes de chiens « courants ». Privilège de la noblesse française à partir du XIVe siècle, elle se ritualise sous François 1er. L’édit de 1526 distingue les animaux de petite vènerie (lièvre, blaireau, chevreuil) et grande vènerie (sanglier, cerf, loup). L’Angleterre et l’Irlande ont développé un type de cheval demi-sang spécifique pour la chasse à courre : le Hunter.

… à aujourd’hui. Désormais interdite en Angleterre et dans la plupart des pays d’Europe, la chasse à courre reste pratiquée en France, en Irlande, aux Etats-Unis et au Canada, selon un rituel inchangé depuis le XVIe siècle. En France, elle regroupe 10 000 détenteurs de permis de chasse, dont de plus en plus de femmes, répartis en 420 équipages. Identifiable par ses couleurs (vert pour le sanglier, bleu pour le chevreuil, rouge pour le cerf…), chaque équipage dispose d’un territoire délimité. Ses défenseurs la définissent comme une chasse « écologique » où l’animal garde sa chance : seule une chasse sur 3 ramène du gibier.

Variantes: le saut d’obstacles, discipline olympique depuis 1900, est apparu après la codification de la chasse à courre par l’English Enclosure Acts, au XVIIIe siècle.

Une journée de chasse à courre/ Après la quête, qui permet aux hommes et aux chiens de localiser l’animal dans le bois, les membres de l’équipage et les suiveurs se retrouvent en forêt pour le rapport. Suivi des cavaliers, les chiens s’élancent alors sur la voie de la bête, qui cherche à fuir ses assaillants par différentes ruses : traversées de ruisseaux, retour sur ses pas… S’il parvient à mettre les chiens en défaut, il est épargné. S’il est rattrapé, il est cerné par les chiens et mis à mort par les piqueux au cours de l’hallali. Durant la curée, les bas morceaux de l’animal sont offerts à la meute.

LE POLO/Joué de l’Angleterre à l’Australie, le polo oppose deux équipes de quatre cavaliers, qui tentent d’envoyer une balle avec des maillets dans les buts adverses, sur un terrain gazonné (275 m X 145 m). Chaque match est divisé en 4 à 8 périodes de 7 mn 30, entrecoupées de pauses pour changer de cheval.

D’hier… Le jeu de chaugan (littéralement, maillet) est attesté en Perse, à la cour du roi Darius 1er (522-586 av. JC). C’est un art noble, qui sert d’entraînement au roi et aux troupes d’élite. Chaque partie ressemble à une bataille miniature, avec des dizaines de cavaliers richement parés dans chaque camp. Dans ses « Chroniques » du Xe siècle, l’historien At-Tabari raconte que le roi de Perse envoya une balle et un maillet à Alexandre le Grand, pour lui signifier que ce jeu convenait mieux à son jeune âge que la guerre. « La balle est la Terre et je suis le maillet », lui aurait répondu celui-ci… A Ispahan, dans l’actuel Iran, il reste des vestiges du terrain de polo royal du XVIe siècle sur la place du Shah. De Perse, le jeu a conquis l’Orient : il arrive en Chine sous la dynastie des T’ang (618-907), où il prend le nom de pulu (du nom de la balle en saule), puis au Japon, en Grèce, en Egypte, en Inde. L’empereur moghol Akbar le grand (1542-1605) utilisait des balles enflammées, en bois à combustion lente, qui illuminaient les parties nocturnes.

… à aujourd’hui. Vers 1854, un lieutenant de l’armée britannique découvre le polo en Birmanie : bientôt, tous les régiments anglais de l’Inde y jouent ! Aujourd’hui, le polo reste très populaire en Angleterre et dans les pays de son ancien empire : Inde, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande, Etats-Unis et même Argentine, qui importe les meilleurs poneys de polo du monde, les criollos.

Variantes: Polo-crosse (avec une crosse amérindienne en forme de raquette), polo-poney.

LE BOUZKACHI/ Populaire dans tous les pays d’Asie centrale, le bouzkachi rassemble des centaines de cavaliers, répartis en équipes, sur une aire de jeu non délimitée. L’objectif est de ramasser une carcasse (chèvre, mouton, veau) jetée au sol et de la traîner jusqu’à un point prédéterminé, autrefois nommé le cercle de justice.

D’hier… Composé de deux mots persans boz (la chèvre) et kachi (tirant vers soi) le bouzkachi s’enracine dans les traditions millénaires des peuples cavaliers et nomades d’Asie centrale, sur les terres de l’ancien empire perse des Achéménides (vs 556-330 av JC). Selon la mythologie, ce jeu équestre s’inspire des techniques de chasse des loups, autrefois prédateurs des troupeaux. En Ouzbékistan, on l’appelle d’ailleurs Kuk Pari (le loup gris).

… à aujourd’hui. Sport national en Afghanistan, où il était interdit sous le régime des talibans (1996-2001), le bouzkachi est pratiqué sous des noms divers dans toute l’Asie centrale. Dans les ex-républiques soviétiques d’Ouzbékistan, Tadjikistan, Kazakhstan, Kirghizstan, il a connu un renouveau depuis l’indépendance en 1991. Ce sport violent a inspiré à Joseph Kessel son roman Les Cavaliers (1967).

Variantes : le pato argentin et le horse-ball, apparu en France en 1937, qui se joue avec un ballon à anses.

LES COURSES HIPPIQUES/ Courses au galop (sur plat ou avec obstacles, comme le steeple chase) ou courses au trot (attelé ou monté), les courses hippiques sont classées par groupes de niveau et font l’objet de paris. Les plus prestigieuses, comme le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, le derby d’Epsom ou la Dubaï World Cup, relèvent du groupe 1, où les chevaux inscrits doivent répondre à des critères stricts de sexe, âge, gains et performances.

D’hier… Dés 776 av. JC, les courses hippiques figurent au programme des Jeux Olympiques en Grèce. L’histoire des courses se poursuit à Rome, où Tarquin l’Ancien fait construire le premier hippodrome, le Circus Maximus, vers le VIe siècle av. JC. Les professions hippiques existent déjà : jockeys (conductores), entraineurs (agitatores), juges (designatores)… Tombées en désuétude en Occident avec la montée du christianisme, les courses de chevaux régulières seront remises au goût du jour par le roi Jacques 1er d’Angleterre au XVIIe siècle : il crée l’hippodrome de Newmarket et encourage l’élevage du thoroughbred, le pur-sang anglais. En 1750, un code de course est publié. Les premières courses françaises sont disputées sur la Plaine des Sablons, à Paris, en 1775. Les hippodromes de Longchamp et de Vincennes seront inaugurés par Napoléon III au milieu du XIXe siècle : l’un est dédié au galop, l’autre au trot.

… à aujourd’hui. Depuis la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis, le Japon, Hong Kong et Dubaï dominent le monde des courses de galop sur plat. La discipline du trot reste centrée sur l’Europe et l’Amérique du Nord.

Variante : les Ban-Eï Keiba, populaires courses de chevaux de trait, au Japon.

ET AUSSI… / LE YABUSAME est une forme d’archerie montée spécifique au Japon et liée au rituel shinto. Lancé au galop, le cavalier-archer doit bander son arc tout en contrôlant son cheval avec les genoux, puis viser trois cibles en bois. Cette technique de combat, répandue chez les anciens peuples cavaliers des steppes eurasiennes, est attestée sur le territoire japonais dés le IVe siècle. Au Moyen Age, de prestigieuses écoles de tir à l’arc, comme les écoles Takeda et Kamakura, entraînent les samouraïs: on y enseigne des techniques de respiration zen. A l’issue de leur formation, les cavaliers doivent être capables de tirer à plusieurs reprises dans la fureur d’une bataille. Disparu au XVIe siècle, après l’arrivée des Portugais armés de fusils, le yabusame est à nouveau enseigné depuis l’époque Edo (1600-1867), comme forme de développement personnel ; il accompagne désormais les cérémonies traditionnelles.

LA FANTASIA/ Dans les pays du Maghreb, la fantasia consiste en une répétition théâtralisée de deux mouvements de cavalerie dans une bataille : la charge rapide (el kerr) et la retraite subite (el ferr). Entre ces deux mouvements, les cavaliers font le baroud : ils tirent une salve avec leurs moukhala, des fusils traditionnels à poudre noire.

D’hier… Durant les guerres puniques (264 av. JC, 146 av. JC), les cavaliers numides ont combattu aux côtés des Carthaginois contre les Romains. Ces guerriers originaires d’un ancien royaume berbère de l’actuel Maghreb avaient développé une technique de combat par harcèlement, à base de charges et replis rapides. Armés de fusils à poudre et non plus de javelots, les troupes arabo-turco-berbères auraient repris cette tactique au XVIe siècle, dans leur résistance contre les Espagnols. La première illustration du lab-el-baroud (jeu de la poudre, en arabe) remonte à la conquête de Tunis par Charles Quint, en 1535.

… à aujourd’hui. Rebaptisée fantasia (imaginaire, en grec) au XIXe siècle par le peintre Eugène Delacroix, ce jeu équestre accompagne encore les fêtes traditionnelles au Maghreb. Avec le développement du tourisme au Maroc, en Algérie, en Tunisie, elle a pris un aspect folklorique perpétué par des troupes d’art équestre, qui mettent en scène des chevaux barbe, richement harnachés.

LE RODEO/ Très populaire aux Etats-Unis et au Canada, le rodéo met en scène des épreuves équestres inspirées du travail des cow-boys dans les ranches : monte du cheval sauvage (bronc riding), capture du veau au lasso (roping), parcours de vitesse entre des tonneaux (barrel racing)… Mais il n’a pas toujours été un spectacle.

D’hier… En 1519, Hernan Cortés débarque au Nouveau Monde avec une armée de soldats et de chevaux de combat. Pour subvenir aux besoins des colons, les nobles espagnols importent bientôt au Mexique des vaches andalouses à longues cornes. Dans les haciendas, les vaqueros (gardiens de bétail) doivent adapter l’équipement et les techniques d’élevage du continent : ils apprennent à dompter les mustangs sauvages, adoptent la selle à pommeau rétréci pour l’usage de la corde, portent des chappareras (aujourd’hui chaps) pour se protéger des cactus. Pour rassembler le bétail dispersé sur d’immenses territoires, ils l’encerclent avec des chevaux : c’est l’origine du rodéo (de l’espagnol rodear, tourner autour).

… à aujourd’hui. Après les guerres américano-mexicaines (1846-1848), les cow-boys reprennent les méthodes des vaqueros. Pour marquer et soigner le bétail, ils pratiquent le rodéo (ou round-up). Cet événement saisonnier devient l’occasion d’organiser des compétitions informelles. Le premier rodéo officiel a lieu à Cheyenne, Wyoming, en 1872. Aujourd’hui, le Stampede de Calgary au Canada ou les Cheyenne Frontiers Days au Wyoming sont les plus grands rodéos du monde. Mais ce type de spectacle est aussi populaire en Amérique latine et en Océanie.

EN SCENE !

Les spectacles d’art équestre du XXIe siècle attirent aujourd’hui les foules dans les arènes d’Arles ou le parc de Versailles, avec des scénographies, qui engagent les plus prestigieuses écoles d’Europe : Vienne, Jérez, Lisbonne ou l’Académie de spectacle équestre de Versailles, fondée en 2003 par Bartabas. Mais le cheval a mis du temps à gagner son statut d’artiste.

D’hier… En Europe, l’art du dressage est longtemps resté une exclusivité militaire, enseigné à partir du XVIe siècle dans les premières écoles royales. En 1770, le sergent anglais Philip Astley crée à Londres le premier cirque mettant en scène des chevaux. Après la seconde guerre mondiale, le cheval fait ses débuts au cinéma. Les premiers westerns américains ne ménagent pas les montures : on va jusqu’à tendre des câbles d’acier devant la charge de cavalerie pour provoquer des chutes.

… à aujourd’hui. En 1950, aux Etats-Unis, puis en Europe, apparaît le métier de conseiller équestre. A la fois dresseurs, cascadeurs et voltigeurs, les professionnels comprennent qu’un cheval entraîné peut tout faire, ou presque : traverser des vitres, passer des portes en flammes, tomber à la demande. Les trucages aident: les fenêtres sont en faux verre (sucre) et l’écume des chevaux en mousse à raser ! Les dresseurs donnent la préférence aux chevaux ibériques, qu’ils peuvent former en moins de 2 ans. En 1985, l’écuyer et scénographe français Bartabas crée le théâtre équestre de Zingaro, à Aubervilliers : voltiges et cascades s’y mêlent avec poésie. Le public adhère. Le succès du cheval artiste ne se démentit plus depuis…

ET AUSSI…

LA JOUTE EQUESTRE fut l’épreuve-reine des tournois de chevalerie au Moyen Age. Désormais reconnue sous le nom de Chevalerie initiatique par la Fédération Française d’Equitation, cette discipline fait l’objet de compétitions internationales. Nombre de fêtes médiévales programment aussi des reconstitutions costumées, où des cascadeurs combattent avec des lances pré-cassées ! Meurtrière à ses débuts au XIIe siècle, la joute a vu ses règles se préciser a partir du XIVe siècle ; l’objectif n’est plus de désarçonner son adversaire, mais de briser le plus de lances possible sur son armure. Sport favori des rois et princes d’Occident, la joute sera pourtant interdite après la mort de Henri II, durant le tournoi donné à Paris en 1559 pour le traité de paix de Cateau Cambresis.

Des échecs aux petits chevaux

Les échecs sont-ils nés en Inde, 2000 ans avant JC, en Chine ou en Perse ? Toujours est-il que le Cavalier est l’unique figure animale du jeu. Les connaisseurs y voient la pièce la plus fascinante de l’échiquier, pour son mouvement particulier. Quant au jeu des petits chevaux, il apparaît à la fin des années 1930 en France. Il se différencie par l’utilisation de pions-chevaux, mais son plateau n’est qu’une variante des très anciens jeux de Chaupur et de Pachisi, pratiqués dans l’Inde des premiers siècles av. JC.

A LIRE

Carole Ferret, Une civilisation du cheval, Les usages de l’équidé de la steppe à la taïga, Belin 2010.

Calacas, du 8 novembre au 22 décembre 2013 au Fort d’Aubervilliers. Golgota, du 8 octobre 2013 au 6 juin 2014 en tournée en France. Deux nouvelles créations de Bartabas pour le théâtre équestre Zingaro.

La voie de l’écuyer, un spectacle chorégraphié par Bartabas pour l’Académie du spectacle équestre de Versailles, à partir du 14 septembre 2013 et les Matinales des écuyers (séances de travail toute l’année). bartabas.fr

Article publié dans le Cahiers de Science & Vie/Août 2013.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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